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A propos de Annelies

Si ces montagnes pyrénéennes qu’elle recommence à hanter à l’âge adulte ont constitué, constituent et constitueront toujours l’arrière-plan de son travail artistique, c’est à une nouvelle expérience qu’elle se soumet désormais dans ses dernières explorations. Annelies Adriaensen fait partie de ces artistes qui, tel un Penone ou un Doig, sont en prise directe avec la matière et qui font de la nature un allié, voire un personnage à part entière. Mais c’est à travers l’expérience médiumnique qu’elle traverse les ultimes brouillards qui la séparaient encore d’une intégration de ces éléments au sein même de son unité artistique. C’est donc d’une expérience vitale et mémorielle (qui aura même permis l’écriture d’un livre rétrospectif) à un voyage chamanique qu’elle nous invite. À travers les pratiques des amérindiens (particulièrement le peuple Lakota), qu’elle étudie, puis qu’elle vit en direct lors de séances spirituelles, rythme, danses, musique, expériences mystiques, elle libère totalement sa propre individualité pour se laisser conduire vers une féconde improvisation artistique. Le motif pictural devient donc central, avec une force qui lui est propre et qui guide désormais la main de l’artiste « en transe créative », dans une esthétique expressionniste qui n’a plus rien à voir avec le photo-réalisme précédent. Une étape majeure dans un chemin parsemé d’embûches , de prises de risques, mais aussi d’enthousiasmes et de consciences lumineuses.

Le sujet de ses visions, de ses rêves éveillés, de ses voyages artistiques est l’animal sauvage, mystérieux, étranger, et pourtant vaguement familier, qui à la fois fait peur et rassure. Son animal symbolique, dont la rencontre est vécue sous forme d’images rémanentes, va fournir les principaux sujets de la dernière série. Il s’agit donc d’un tête-à-tête avec l’ombre claire et totémique de la louve blanche. Une exploration risquée, mais ô combien enthousiasmante, qu’elle entreprend dans ses dernières œuvres, témoignant d’une extraordinaire énergie renouvelée, toute en matières, en chairs et en spiritualités. Elle efface ainsi les frontières entre la lumière et la pénombre, le raisonnable et l’indicible. Et n’est-ce pas là le but ultime de toute création picturale, que de pouvoir matérialiser l’image même de la puissance invisible ? Qu’elle soit libido au sens freudien de la sublimation d’une pulsion de vie, ou qu’elle soit universelle en suivant son propre parcours de conscience, c’est une acceptation d’un terrifiant surcroît de présence à soi. Et c’est la vie sauvage qu’elle tient sous son pinceau, et c’est sa peinture qui nous permet de ressentir « physiquement » cette expérience, dans l’effleurement de nos regards.